Retour d'Iran
Je viens de passer 10 jours en Iran. Ce fut une expérience extraordinaire, bien que presque conforme à ce que j’attendais. Ce n’était pas le cas de mon entourage, famille, amis et collègues qui directement ou à mots couverts me considéraient comme un aventurier genre Indiana Jones partant affronter les dragons de l’Enfer. L’axe du Diable de G.W.Bush est bel est bien gravé pour longtemps dans les esprits, et B. Obama ne fait rien pour rassurer le reste du monde sous hypnose US (angélique comme il se doit).
Le voyage par Iran Air est plutôt positif. Les aéronefs sont bien entretenus, il y a de la place pour mes (longues) jambes, les repas sont corrects, le service aimable. Les français grincheux reprocheront l’absence de Champagne – mais il n’y a plus beaucoup de compagnies pour l’offrir. La raison ici n’est pas seulement économique.
A l’arrivée, on ne peut s’empêcher de comparer l’aimable et engageant « Welcome to Iran » sans file d’attente au stress d’un débarquement aux USA avec contrôles biométriques multiples et questions impertinentes d’un agent soupçonneux dans une salle énorme pleine d’une foule de 1000 personnes où il est interdit de prendre des photos.
Le pays
Trois fois plus grand que la France pour 75 millions d’habitants, l’Iran est largement occupé par les montagnes (4 chaines, qui culminent toutes à plus de 4000 mètres) et une large zone désertique.
Le soin accordé à la sauvegarde du patrimoine historique est remarquable. Yazd est une référence en termes de propreté et d’entretien des monuments comme des simples maisons. Yazd rutile.
La vieille ville est envoûtante, mais les faubourgs et toute la région respectent cette tradition de qualité environnementale. Les constructions nouvelles répondent à un cahier des charges exigeant qui vise à la fois l’esthétique et la cohérence de l’urbanisme.
Située entre 2 déserts et 2 chaines de montagnes, cette ville a tout pour plaire. Son taux de criminalité est parait-il si bas - voire nul - que la région de possédait pas de prison jusqu’à une époque récente. Celle qui existe aujourd’hui sert d’exutoire pour les établissements plus chargés d’autres parties de l’Iran. (L'iran compte 2 prisonniers pour 1000 habitants, la France 1, les USA 7)
La rive sud de la Caspienne offre une ambiance complètement différente, verdoyante, moins sophistiquée. Le bord de mer dans la partie centrale est dans la norme des stations balnéaires, sans grand intérêt pour moi. La traversée de l'Elbourz par la route de Chalous est une expérience unique. Cette route qui culmine à 2700 mètres est une véritable prouesse, et son état actuel est au dessus de bien des routes d'altitude françaises. Malgré cela, l'extrême fréquentation de l'itinéraire - pour sa beauté, mais aussi parce qu'elle est l'une des rares voies de passage vers le Nord - a déterminé l'engagement de travaux hérculéens qui mettront Téhéran à 2 heures de la mer Caspienne.
Chaussez-déchausssez
Avant d’aller plus loin, un conseil pour visiter l’Iran : choisissez des chaussures « faciles » : mocassins, scratch. Les plus précautionneux prendront avec eux des sur-chaussures et des chaussons… Dans la plupart des maisons il faut se déchausser. Lors de ma première escapade, j’avais aux pieds des chaussure de montagne avec 2 mètres de lacets… Un supplice.
Développement économique
J’entend beaucoup de critiques sur la gestion économique de l’Iran. Je n’ai pas lu d’études sérieuses sur le sujet, mais j’ai pu me faire une idée subjective en parcourant le pays.
Ce qui frappe tout d’abord, c’est la frénésie de construction dans le pays, et tout particulièrement à Téhéran. Il n’est pas un quartier, une rue sans un chantier de construction. Les grues se dressent partout, les immeubles poussent à toute allure. Il y a également de nombreux cadavres de béton et d’acier, projets abandonnés. J’avais entendu dire que l’urbanisme était complètement débridé, sans contrôle, et que le prochain tremblement de terre ne laisserait que des ruines. Il semble bien que les municipalités soient plus exigeantes que ne le laissent entrendre les ragots : toutes les constructions, à travers tout le pays, sans exception apparemment, sont conçues selon les normes antisismiques.
Côté infrastructures, les grands axes routiers n’ont rien à envier avec les nôtres. Les routes secondaires sont inégales, entre le pire et le meilleur. Les chemins de fer mêlent les vieux trains classiques et des rames futuristes style TGV. Les gares sont fermées : chauffées et climatisées avec des sièges pour asseoir tout le monde.
Les réseaux d’énergie sont très développés : l’électricité et le gaz sont distribués partout, jusque dans le village le plus reculé, dans la moindre masure.
Les communications sont encore loin du niveau atteint chez nous ; l’ADSL est rare, cher et lent. Notre hôtel à Yazd offrait gratuitement, sans aucune clé Wep et autres protection l’accès Wifi à Internet (j’aime même pu accéder à l’administration du routeur et le rebooter sans avoir à attendre l'intervention d'un dépanneur). Le téléphone portable y est très largement déployé au point que l’on trouve partout des prises de courant avec support pour recharger les batteries qui peinent à satisfaire la frénésie téléphonquedes iraniens. Du fait du gouvernement (Google, Facebook) ou des sanctions US (LinkedIn, Source forge), certains sites sont inaccessibles.
Enfin, les ressources naturelles sont loin d’être surexploitées : avec les réserves de gaz et de pétrole parmi les plus vastes de la planiète, l’Iran n’extrait le gaz que pour sa propre consommation et utilise la moitié de sa production de pétrole de 4 millions de barils par jour. La politique de rationnement de l’essence (80 litres par véhicule et par mois au tarif de 7 centimes d’euros, 30 centimes au-delà) parait extravagante. La sous-capacité de raffinage est-elle un prétexte (et une négligence de planification économique) ou l’expression d’une volonté délibérée de ne pas laisser la croissance (au niveau respectable de 5%) s’emballer ?
Environnement
L’environnement n’est pas laissé pour compte, à l’opposé des médisances habituelles. Les nouvelles voitures, comme tous les appareil ménagers portent une étiquette indiquant leur niveau de performance environnementale (consommation, rejets de CO2) gradué de A à G, du vert clair au marron comme pour les laves-linge chez nous. A Tajrish, un grand panneau indique les niveaux de pollution de l'air en temps réel.
Circulation
Le parc automobile est très diversifié. On trouve encore de vieux tacos, mais énormément de voitures récentes de toutes catégories y compris les plus luxueuses.
On n’est pas particulièrement dépaysé sur les routes, mais certains points font une réelle différences. Par exemple, des aménagement spécifiques tous les quelques kilomètres permettent de faire demi-tour sur les autoroutes. Chez nous, il faut parfois faire 50 km pour changer de direction si l’on a raté une sortie… Les feux de circulation passent sans délais du rouge au vert : l’orange est remplacé par un minuteur décompteur indiquant les seconde avant le changement, ce qui permet aux conducteurs d’anticiper le démarrage ou le freinage. Je suis certain que ce simple dispositif fait gagner quelques points en capacité de trafic des réseaux urbains surchargés. Les règles de circulation sont beaucoup plus lâches, elles sont pour ainsi dire inexistantes. Tout se règle par l’interaction directe entre les individus, qu’ils soient conducteurs ou piétons, pour adopter la stratégie d’évitement qui permettra à l’un de prendre la direction souhaitée sans bloquer ad aeternam la file qui va se former derrière lui, à l’autre d’éviter le crash sans compromettre la fluidité de son axe plus que nécessaire. La conséquence est également une certaine optimisation des capacités du réseau. Ainsi, une artère à 3 voies passe progressivement à 4, 5 et jusqu’à 6 voies rétroviseurs repliés à mesure que le débit augmente. Cela créé une sorte de tampon qui contribue efficacement à la linéarisation du trafic. Je suis resté bloqué sur une place en France pendant une demi heure parce que le jeux des priorités ne permettait aucune solution "légale" de sortie de crise et que chacun ne pensait qu’à faire progresser son véhicule sans considération du nœud auto-bloquant qui s’était formé. Aux heures de pointe, Téhéran bouchonne, certes, mais on ne reste pas sur place. Les piétons se faufilent entre les voitures sans jamais être obligés de courir. Pour ma part, je m’abritais derrière un habitué pour traverser… Comme la matérialisation des files, les passages piéton relèvent plus de l’art pictural que d’une signalisation horizontale à respecter.
Alimentation et Alcool
L’Iran et sa loi islamique prohibent l’alcool. Ja passe difficilement une journée sans un petit verre en France, l’eau fraiche et le Thé me convenaient parfaitement en Iran. Pourtant, il n’est pas difficile de se procurer vins et alcools, à des prix raisonnables. On mange trop et trop bien – pas facile de faire honneur jusqu’au soir aux incessantes offrandes culinaires et de résister à tant de bonnes choses….
Femmes
Celles que la perspective de devoir porter un foulard en permanence – sauf à la maison – insupporte devront s’abstenir. Ceci dit, les iraniennes s’accommodent de cet accessoire vestimentaire au point d’en faire un élément de coquetterie et de séduction. Cette contrainte n’en est d’ailleurs pas une pour 90 % (à vérifier, c'est mon impression) des iraniennes qui portent volontairement le tchador, bien au-delà des contraintes officielles. Alors que l’exigence du hijab a évolué depuis l’interdiction de laisser entrevoir une mèche de cheveux jusqu’à la couverture d’un pourcentage non nul de la chevelue, les femmes en tchador sont totalement couvertes en noir de la tête au pied. Seules les mains et le visage restent visibles. Le maquillage est un art, la discrétion de la tenue vestimentaire ne fait qu’exacerber les beautés troublante et évoquer des secrets qui ne demandent qu’à être dévoilés…
On m’avait tout dit sur la difficile fréquentation entre hommes et femme. Il paraitrait que les deux sexes doivent emprunter les pistes de ski qui leur sont respectivement attribuées. En pratique, on peut s’entasser pêle-mêle dans un taxi et se retrouver avec une jolie personne sur les genoux. L’affectation des wagons-couchettes ne semble faire l’objet d’aucune considération du genre des personnes, les hôtels ne posent pas de questions.
Opinions politiques
Vu de chez nous, le régime iranien n’est soutenu que par une poignée de fanatiques et une partie du peuple mal informée. De fait, en Iran le milieu citadin des classes moyennes et supérieures, sans contester le principe d'une République islamique, penche pour un changement modéré. Mais une large majorité se retrouve derrière le « populiste » Ahmadinedjad qui en fait trop au goût de certains pour les plus défavorisés. Les jeunes en contact avec l’occident veulent du changement – ils se focalisent sur des contraintes telles que l’obligation du hijab, la prohibition de l’alcool et des boites de nuit. Par contre, à la différence de la diaspora, ils sont beaucoup plus au fait de l’actualité et des manigances de l'Ouest pour déstabiliser le régime. Les médias, sans aucun doute contrôlés par le pouvoir – mais finalement guère plus que chez nous si on s'accorde sur l'identité des détenteurs du pouvoir - laissent passer des informations « interdites » sous nos longitudes.
Mentalité
Dans tous les pays, le contrôle des médias, instrument de pouvoir absolu, est exercé directement ou indirectement par le gouvernement ou les grands intérêts économiques. En Iran, la publicité consumériste et la propagande guerrière sont remplacé par des incitations à suivre les préceptes moraux.
L’ambiance est globalement paisible. Même dans un Téhéran surpeuplé et gigantesque (16 millions d’habitants), les invectives entre automobilistes sont rares ou inexistantes, le klaxon n’est pas une insulte.
J’ai trouvé quelques taxi ronchons, mais la plupart sont de sympathiques compagnons de route. Brève anecdote : notre taxi venait de nous déposer après plus de 2 heures passées dans les embouteillages et à chercher notre adresse de destination. Le chauffeur était visiblement énervé et fatigué (le prix de la course est fixé au départ, et contrairement à chez nous, il ne touche normalement rien de plus pour le temps passé). Un peu plus tard, nous nous apercevons que nous avions oublié un sachet dans le taxi. Ce qu’il contenait avait une faible valeur économique, mais cet oubli nous contrariait – un cadeau symbolique pour une inauguration à laquelle nous allions assister. Il s’est alors passé quelque chose de tout à fait improbable chez nous : plus de 30 minutes plus tard, le chauffeur de taxi venait nous rapporter le sachet, ayant dû braver de nouveaux embouteillages et réussir à nous localiser dans une galerie commerciale.
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