Monaie unique et Crises financières (Euro, Grèce...)

Les crises financières à répétition sont révélatrices de certains mécanismes de la grande horloge monétaire.
Le système monétaire international n'est pas géré, ou si peu. Chaque zone d'unité monétaire est contrôlée par une banque centrale: la Fed pour le Dollar, la BCE pour l'Euro, etc. Le Dollar joue un rôle particulier puisqu'il sert de référence, et offre un "espace de stockage" capable d'absorber les surplus et de subvenir aux déficits des autres zones.
Pour l'essentiel, le système monétaire est hors de contrôle des états - à l'exception de certains pays comme la Chine et l'Iran dont l'audace en la matière leur vaut l'acharnement médiatique que l’on connait. Ce sont les banques qui sont actionnaires des banques centrales et qui seules contrôlent le volume de la masse monétaire. L'émission de monnaie est en fait contrôlée par ceux-là même qui spéculent en masse sur les unités capitalistiques et sur les états, considérés comme de simples clients en matière monétaire.

Lorsque l'Euro a été créé, j'ai trouvé cela très pratique, et je me demandais pourquoi n'aurait-on pas tout de suite adopté le Dollar. S'il n'existait qu'une seule unité monétaire dans le monde, disons le « Mondo » la vie serait plus simple ...
Pourquoi cette idée simple ne marcherait-elle pas ? Sans faire le tour de la question, le premier problème est sans doute le rôle de translation temporelle de la monnaie. Pour faire simple, l'argent représente selon les cas :
(1) soit une valeur d'échange simple: je t'offre un bien et tu me donnes en échange son équivalent en argent
(2) soit une valeur réalisée dans le passé : mes économies
(3) soit une valeur future : J'achète une maison, le prêt de la banque est octroyé contre une promesse de payer que je peux assumer par la valeur future du bien et que la banque accepte parce qu'elle possédera en échange le bien à sa valeur courante jusqu'au terme du prêt
(4) Une dernière situation est le "manque d'argent": Ma possession monétaire est négative et je dois trouver un prêteur qui me fasse confiance malgré le fait que son argent n'est garanti que par la réalité et l’efficacité des "efforts" que je vais faire pour le rembourser. Le remboursement est nécessairement financé par la création de richesse de l'emprunteur réorientée vers le remboursement plutôt que vers les achats courants et l'investissement.

Dans les 2 premiers cas, la monnaie unique remplit parfaitement son rôle. Un organisme central décrèterait l'unité de valeur de manière consensuelle, un peu comme on définit l'indice des prix, mais à l'envers: Un Mondo serait égal à telle quantité de tels éléments dans le panier de la ménagère. Bien sûr, ce n'est pas tout à fait aussi simple, mais on perçoit une ouverture.
Dans les cas suivants 2 nouveaux paramètres interviennent: la confiance et la croissance.
Tout d'abord, d'où vient l'argent qui finance l'investissement ou la dette non productive? En premier lieu, des économies réalisées par ceux qui disposent de surplus. Ces derniers ne seront enclins à prêter que s'ils reçoivent une rémunération acceptable contre un risque mesuré. L’investissement est limité aux dépôts disponibles et réalisables, moins l’endettement non productif. Les intérêts sont neutres, car ils reviennent aux prêteurs et sont donc disponibles à nouveau pour les emprunteurs, à moins qu’ils ne retournent dans le circuit économique par le biais de leurs bénéficiaires.
Compte tenu de cette limite, l’investissement ne dépassera pas la masse monétaire non circulante – en gros, si tout le monde dépense tout c qu’il gagne, aucun investissement n’est possible, et il n’est même pas possible de venir en aide à ceux qui ont des difficultés.
En fait, une analyse à partir de la situation actuelle ne pose pas la vraie question : d’où vient l’argent ? On sent bien que le simple équilibre entre ceux qui ont de l’argent et ceux qi en ont besoin ne suffit pas, et il a bien fallut à un certain moment introduire le fluide monétaire dans les circuits économiques.

La première option, c’est l’histoire sainte que l’on m’a racontée à l’école primaire : c’est l’Etat qui fabrique l’argent dans ses usines à billets. Il met ensuite cet argent dans le circuit économique en dépensant cet argent pour payer de nombreux fonctionnaires et investir dans les infrastructures, et en le confiant aux banques chargées d’assurer les prestations de crédit.
Ce n’est évidemment pas la réalité. La plupart des états occidentaux ont été dépossédés de ce privilège il y a longtemps. En pratique, la monnaie scripturale a pratiquement disparue et l’argent est créé sans aucune limitation par le crédit pour l’investissement, le « décalage de trésorerie » ou la spéculation elle-même. Lorsqu’un particulier veut emprunter pour acheter une maison, la banque lui prête cet argent à un taux correspondant au risque estimé. La banque ne va pas puiser dans les compte de ses épargnants, mais va « revendre » plus cher ce prêt sur les marchés financiers - autre banques, consortium d’investissement et autres... Toute la chaîne se termine au niveau des banques centrales – pas forcément dans la même zone monétaire, puisque la dette en question a pu être mutée au passage. La banque centrale émet alors au besoin (pour permettre l’accroissement de la masse monétaire) des certificats garantis sur … l’Etat (ou les Etats dans le cas de l’Euros).
C’est du moins ce que j’ai compris à ce jour, merci de me corriger si je fais erreur

Revenons à l’idée d’une monnaie unique : comment gérer la capacité adapter la masse monétaire (à garantir les prêts ou à les racheter) dans un système mondialisé ?
Ceci signifierait la mise en place d’un organisme à l’échelle mondiale chargé d’assurer ce contrôle, un genre de super banque centrale comme le FMI par exemple...
Comment dans un tel système les USA pourraient continuer à dépenser beaucoup plus qu’ils ne gagnent, que ce soit au niveau de l’Etat ou de ses citoyens ? Aujourd’hui, ils augmentent simplement la masse de Dollars que le monde entier est obligé de leur acheter et vivent sur un crédit permanent en croissance perpétuelle.
Dans un système mondialisé, ils devraient payer ce crédit, et devraient donc être obligés de changer de mode de vie.
Après le cas du Méchant, prenons celui du Gentil. La Grèce se débat dans des difficultés budgétaires graves. N’ayant aucune prise sur son système monétaire, l’Euro, elle doit emprunter l’argent aux banques comme vous et moi. Vilipendée et mal notée par les agences, la « confiance » se dégrade et les taux d’intérêt montent… la situation empire donc puisque ses chances de sortie de crise rapide s’éloigne tandis que la spéculation s’attaque aux autres nations dispendieuses. Pourquoi ces attaques face à des difficultés parfois délibérément provoquées ? D’énormes profits sont réalisés sur les marchés financiers qui se délectent de l’instabilité.
Que ferait la Grèce dans un système mondialisé ? L’Euro représente déjà une partie de ce que serait ce système qui montre ici ses limites : le pays est incapable de prendre des mesures « locales » susceptible d’assainir son économie – par exemple éponger sa dette en créant à la place des banques l’argent qui lui fait défaut. Cela provoquerait éventuellement une dévaluation de sa monnaie, selon que cet argent constitue de l’investissement productif ou un simple remboursement de dette. L’idée de créer un fond de soutient européen irait dans le bon sens s’il s’agissant de supporter les choix économiques des pays concernés dans des limites acceptables par les autres. Dans la réalité, les marchés financiers vont effectivement perdre des opportunités de spéculation locales, mais les besoins de financement des Etats resteront l’affaire des marchés financiers.

Un système mondialisé devait reposer sur une autorité non soumise aux intérêts financiers, ce qui parait impossible. Si les banques ont réussit à déposséder des états puissants de leur pouvoir monétaire, que feront les nations en ordre dispersé face à une construction qu’elles seront incapable d’orchestrer ? D’autre part, comment une nation pourra-t-elle contrôler son développement dans un système global : imaginez la Grèce demander « Donnez-nous 100 Milliards, et nous allons en faire le meilleur usage pour le Monde – c’est ainsi que nous rembourserons cette dotation».
Doit-on conclure qu’un périmètre monétaire doit correspondre aux contours d’une nation ? Ceci signifierait que l’Euro n’est pas une bonne idée et que le Dollar n’est que la monnaie américaine… 

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